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La Chine aussi face à des sanctions sans mandat ni légitimité de l’Occident hors-la-loi

Mohamed Lamine KABA, 24 juillet 2025

Loin de tout cadre multilatéral, les sanctions occidentales contre la Chine incarnent une dérive normative où la puissance supplante le droit – sans jamais concerner, contraindre ni intimider Pékin.

sanctions contre la Chine

Depuis 2022, l’escalade des tensions sino-occidentales s’est cristallisée par le conflit en Ukraine (mené par procuration) et la montée en puissance d’un monde multipolaire. Les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont imposé des sanctions unilatérales à des entités chinoises, soupçonnées de soutenir la Russie dans cette guerre hybride orchestrée par l’OTAN, avec pour objectif d’affaiblir Moscou avant de se tourner vers la Chine. Pékin a rejeté ces mesures avec véhémence, les qualifiant d’illégales et infondées, faute d’approbation par l’ONU. En 2025, cette dynamique conflictuelle s’est intensifiée, révélant une fracture profonde entre l’Occident et l’Alliance triptyque RIC (Russie-Inde-Chine), ainsi qu’avec le Sud global, de l’Afrique à l’Amérique latine, en passant par l’Asie et les Caraïbes. Ce contexte géopolitique tendu interpelle sur la légitimité des sanctions, la souveraineté nationale et l’avenir d’un système international jusqu’alors dominé par les puissances occidentales, aujourd’hui embastillé par le multipolarisme incarné par l’Alliance BRICS.
Pékin a rejeté ces mesures avec véhémence, les qualifiant d’illégales et infondées, faute d’approbation par l’ONU

Des sanctions extraterritoriales comme instruments illégitimes d’ingérence géostratégique occidentale

Outils illégitimes d’intimidation et d’ingérence géostratégiques propres à l’Occident, les sanctions (qui portent tous les attributs d’extraterritorialité) ont été renforcées avec l’adoption le 18 juillet du 18e paquet par l’UE de Von der Leyen et de Kaja Kallas, arrimée à la posture belliqueuse de l’OTAN. Le « triangle du mal » – composé des États-Unis, de l’Union européenne et du Royaume-Uni – a accentué la pression sur des entreprises chinoises, accusées de renforcer l’effort de guerre de la Russie, sans l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. Pékin condamne une diplomatie punitive mue par des desseins géopolitiques occidentaux plutôt que par le droit international. Le ministère chinois des Affaires étrangères a souligné l’absence de fondement multilatéral de ces sanctions. Avec ce 18e paquet de sanctions, l’UE n’a seulement ciblé la Russie, elle a aussi visé des banques chinoises et des entreprises technologiques dont DeepSeek – qui a chamboulé et dévissé les géants américains du secteur le 27 janvier – suscitant une riposte immédiate de Pékin. Ces sanctions, décidées hors du cadre onusien, incarnent une dérive impérialiste où l’Occident s’arroge le droit de juger et de punir selon ses propres intérêts, faisant fi des principes de souveraineté et de non-ingérence établis par l’ONU.

La Chine, l’autre architecte d’un ordre post-occidental fondé sur la souveraineté multipolaire

Aux côtés de la Russie, la Chine, quant à elle, s’affirme comme l’architecte d’un nouvel ordre post-occidental basé sur la souveraineté multipolaire. En réponse à l’offensive économique, elle consolide ses alliances stratégiques avec la Russie et l’Inde, notamment via le format trilatéral RIC, ainsi qu’avec d’autres nations d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes. La rencontre entre Wang Yi et Lavrov à Pékin a été l’occasion de qualifier leur partenariat de « relation stratégique la plus stable et la plus mature entre grandes puissances ». Pékin refuse de plier sous la pression de l’Occident et maintient que ses relations avec Moscou ne concernent ni Washington, ni Bruxelles, encore moins Londres. Parallèlement, la Chine dénonce sanctions occidentales – non seulement contre elle mais aussi contre d’autres pays non-occidentaux – comme une tentative maligne de l’Alliance atlantique de perpétuer le conflit en Ukraine pour, justement donner une chance à sa propre survie, à la clé, l’activation de ses instruments de terreur à travers le monde. Ce positionnement de la Chine s’inscrit dans une vision multipolaire du monde, où les règles ne sont plus imposées par l’Occident – qui a perdu son monopole stratégique – mais sont négociées entre puissances souveraines. En dénonçant l’illégitimité de ces sanctions, elle défend une vision où l’ordre international repose sur le consensus plutôt que sur la coercition.

Alors, de l’effondrement de l’influence occidentale en Afrique à l’ascension géoéconomique de Cuba au sein des BRICS, en passant par les foyers de tension au Moyen-Orient et les turbulences en mers de Chine méridionale et orientale, l’ensemble de ces dynamiques fait de Donald Trump le symptôme d’une rhétorique occidentale incapable de tolérer tout récit impliquant Poutine, Xi, Khomeini – ou les puissances que sont la Russie, la Chine et l’Iran.

Il est donc clair qu’en s’arrogeant le droit de sanctionner sans mandat onusien, l’Occident ne punit pas tant la Chine qu’il ne s’exclut lui-même du cadre légal international.

 

Mohamed Lamine KABA, Expert en géopolitique de la gouvernance et de l’intégration régionale, Institut de la gouvernance, des sciences humaines et sociales, Université panafricaine

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