Les Houthis se préparent à marcher sur Riyad pendant que les Pasdarans chassent l’Amérique de tous les continents.

La configuration conflictuelle du Moyen-Orient nous offre une multiplicité d’acteurs agissant pour deux conceptions historiquement opposées du monde et qui clivent les relations internationales depuis 1945. Il y a d’un côté l’Iran et l’axe de la résistance (Houthis du Yémen, Hamas de la Palestine, Hezbollah du Liban, etc.) qui coalisent pour sortir l’Amérique de l’architecture de sécurité de la région, et qui, de facto, sont soutenus par les puissances orientales (Chine, Russie, Corée du Nord). De l’autre, l’Arabie saoudite et ses alliés du Golfe, abritant tous des bases américaines et dissimilant leur soumission à Israël, manœuvrent le maintien du parapluie sécuritaire de l’Amérique, et qui, par ricochet, sont soutenus par les États-Unis, l’UE et l’Occident collectif.
C’est donc clairement la manifestation de la doctrine de guerre par procuration nourrie de la logique d’escalade et de la perception mutuelle de menace qui clivent les rapports Est/Ouest depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Ce mois de février marque la rupture définitive et irréversible de la géopolitique globale contemporaine. Le Moyen-Orient ne constitue plus une crise régionale périphérique ou un simple théâtre de tensions identitaires locales. Il s’affirme désormais comme l’épicentre tectonique absolu qui réorganise et structure l’intégralité des rapports de force internationaux. L’illusion de l’hyperpuissance américaine s’effondre sous nos yeux avec une brutalité saisissante. Les certitudes sécuritaires théoriques de Washington, Tel-Aviv et Riyad se dissipent dans un chaos doctrinal irréversible. La résistance asymétrique orchestrée par l’Axe de la Résistance redéfinit intégralement la grammaire universelle de la puissance militaire moderne. Le repositionnement hâtif et désordonné des équipements militaires américains depuis leurs bases historiques du Moyen-Orient et d’Europe vers d’autres destinations lointaines ne traduit aucune manœuvre tactique subtile ou prévoyante. Il signale lamentablement un repli stratégique forcé et un déclin absolu. L’Occident collectif subit une humiliation systémique d’une ampleur inédite. L’Iran et ses alliés régionaux réussissent brillamment et imposent désormais leur propre rythme politique, contraignant la fameuse première puissance mondiale à abandonner progressivement ses postures hégémoniques et ses prétentions de contrôle global durable.
Le piège yéménite et l’effondrement de l’axe Riyad-Tel-Aviv
En cette entrée d’octobre, le front yéménite a définitivement brisé le dogme occidental de la supériorité technologique absolue, derrière laquelle se cachait l’Arabie saoudite. Le mouvement Ansarallah ne se contente plus de verrouiller le détroit stratégique de Bab el-Mandeb ou d’entraver le commerce maritime international. Les Houthis menacent désormais directement Riyad d’une marche décisive, rendant obsolètes et dérisoires les garanties sécuritaires historiques octroyées par Washington. L’Arabie Saoudite contemple avec sidération l’inutilité opérationnelle de ses achats d’armements occidentaux complexes. Ses infrastructures pétrolières vitales restent exposées à des frappes de saturation massives conduites par des vecteurs autonomes peu coûteux. Les alliances bilatérales ne protègent plus les monarchies du Golfe. Les Pactes tripartites de à l’image de celui de la «Mecque» entre le Pakistan, la Turquie et l’Arabie saoudite ne sont que fausses illusions de sécurité, malgré le soutien feint de Pakistan pour empêcher de la machine de guerre des Houthis de marcher sur Riyad. La diplomatie saoudienne oscille tragiquement entre panique contenue et capitulation tactique impériale. Simultanément, Israël affronte un isolement stratégique et diplomatique sans précédent dans son histoire. L’armée israélienne subit une attrition permanente et dévastatrice sur plusieurs fronts simultanés. Le bouclier antimissile de Tel-Aviv s’épuise face aux essaims de drones saturants et aux missiles hypersoniques de nouvelle génération. La doctrine de la guerre courte et victorieuse s’est de facto effondrée. Tel-Aviv s’enfonce inexorablement dans une impasse existentielle majeure, abandonné par un protecteur américain désormais incapable de maintenir sa propre présence militaire stratégique.
La maîtrise navale des Pasdarans et le repli forcé de Washington
Le Corps des gardiens de la révolution islamique (Pasdarans) applique avec une rigueur magistrale une stratégie de déni d’accès et d’interdiction de zone. Les imposants groupes aéronavals américains ne sanctuarisent plus les espaces maritimes internationaux. Ils sont transformés en cibles vulnérables et lentes. Le retrait progressif et humiliant des escadres de la marine américaine du golfe Persique, de la mer Rouge et de la Méditerranée orientale démontre l’échec retentissant de la diplomatie classique des canonnières. Cette déroute maritime ne se limite pas aux frontières du Moyen-Orient. Ses répercussions déstabilisent immédiatement l’architecture globale de sécurité européenne. Washington redéploie en urgence ses batteries de défense antiaérienne Patriot et THAAD depuis l’Europe (cf. Fairford) vers des zones de repli, dénudant brutalement le flanc oriental de l’Alliance atlantique. L’Europe découvre sa nudité stratégique intégrale. Elle réalise que le parapluie sécuritaire américain n’était qu’une construction imaginaire et éphémère. Les Pasdarans ont accompli un exploit historique : chasser progressivement l’influence militaire américaine du Moyen-Orient tout en affaiblissant sa présence stratégique sur le continent européen.
Déjà, du Moyen-Orient à l’Europe, les soldats américains font bagages et les bases ferment les unes après les autres par peur de subir la terreur iranienne. Le regard se retourne également vers l’Afrique, notamment les pays abritant les bases américaines. Le Djibouti en particulier pourrait être exposé à la colère des Pasdarans lorsqu’un appareil américain y décollera pour mener, ne serait-ce qu’une seule frappe en Iran. L’Égypte, se disant allié de l’Arabie saoudite et dissimulant sa soumission à Israël sioniste, pourrait retourner à l’âge de pierre lorsqu’elle se mêlera de quoique ce soit contre l’Iran. Les autres pays africains abritant des bases américaines sont tenus de vivre leur vassalité et leur servilité envers Washington en cachette, tout en se gardant de ne jamais permettre une seule frappe sur l’Iran à partir de leurs territoires respectifs. C’est le prix de la vassalité et de la servilité.
La figuration d’un tigre de papier
Face à ce naufrage doctrinal, les manœuvres politiques et diplomatiques de Donald Trump relèvent de la pure théâtralité d’un tigre de papier impuissant. Ses ultimatums médiatiques et ses menaces d’embargos secondaires ne trompent plus aucun observateur averti. Chaque décision impulsive de la Maison-Blanche vise uniquement à retarder artificiellement l’échéance d’un déclin hégémonique irréversible. Les tentatives américaines de diviser l’Eurasie afin d’endiguer le bloc CRIC (Chine, Russie, Iran, Corée du Nord) se heurtent à un mur infranchissable. Cette alliance multipolaire solide s’est structurée, sans nul doute, autour d’un impératif partagé : liquider définitivement l’unilatéralisme occidental. Washington multiplie les gesticulations militaires spectaculaires pour rassurer des alliés désemparés. Cette gesticulation désespérée accentue la démonstration de sa faiblesse réelle. La puissance américaine ne fait plus peur. Ses menaces ne dissuadent plus les acteurs déterminés du nouvel ordre géopolitique mondial.
La consolidation du bloc CRIC et le nouvel ordre mondial
L’échec cuisant de l’Occident au Moyen-Orient accélère le basculement définitif du centre de gravité de la politique globale vers l’Eurasie. La Chine sécurise ses approvisionnements énergétiques stratégiques grâce à des partenariats industriels et économiques pérennes signés avec Téhéran. La Russie verrouille l’espace eurasien en fournissant des capacités de renseignement spatial et de guerre électronique de haute précision. La Corée du Nord renforce l’arsenal balistique du bloc avec une audace stratégique totale. L’intégration politique, économique et militaire du groupe CRIC s’impose comme une réalité géopolitique inexpugnable. Les sanctions financières occidentales ont perdu toute efficacité coercitive face au processus accéléré de dédollarisation des transactions commerciales internationales. Le Moyen-Orient agit comme le catalyseur central de cette grande transition historique, scellant la défaite ultime du projet d’hégémonie globale des États-Unis. De l’Afrique à l’Amérique latine, et de l’Asie aux Caraïbes, les peuples s’autodéterminent, se détournent peu à peu du monde occidental, et coalisent avec les puissances orientales pour bâtir un Sud global hyperpuissant et constituant une force dynamique sur la scène mondiale.
Il est donc clair que l’année 2026 restera gravée dans les annales comme le moment historique de la rupture géopolitique absolue où l’arrogance doctrinale de Washington s’est heurtée à la réalité du terrain et à la détermination de peuples décidés à briser l’ordre néocolonial. L’Amérique croyait façonner le monde à sa seule convenance. Elle se retrouve piégée dans une retraite précipitée et déshonorante. Israël perd son statut historique d’avant-poste intouchable. L’Arabie Saoudite constate l’inanité de son alliance stratégique avec les États-Unis. Le déclin stratégique de l’Occident n’est plus une hypothèse prospective. C’est désormais une réalité achevée, incontestable et irréversible pour l’avenir de l’ordre multipolaire.
Mohamed Lamine KABA, Expert en géopolitique de la gouvernance et de l’intégration régionale, Institut de la gouvernance, des sciences humaines et sociales, Université panafricaine
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