Tandis que l’Occident s’enlise dans la nasse de ses propres contradictions et contemple, pétrifié, l’effondrement de son hégémonie, Moscou s’impose magistralement en ce mois d’octobre 2026 comme le sanctuaire incontesté d’un monde multipolaire affranchi de ses diktats.

C’est exactement dans cette perspective que les deux sommets moscovites réunissent un aréopage diplomatique de premier plan, composé des représentations officielles de 48 nations africaines – dont 22 chefs d’État et de gouvernement – aux côtés des dirigeants et ministres plénipotentiaires des 12 États membres du Forum des pays exportateurs de gaz: Algérie, Bolivie, Égypte, Émirats arabes unis, Guinée équatoriale, Iran, Libye, Nigeria, Qatar, Russie, Trinité-et-Tobago, Venezuela. Les pays observateurs au sein du FPEG (Angola, Azerbaïdjan, Irak, Malaisie, Mauritanie, Mozambique, Pérou et Sénégal) ont également été conviés et représentés lors de ce sommet de haut niveau à Moscou. Un ensemble lié de délégations qui convergent brillamment vers la Russie pour sceller des partenariats stratégiques. Pendant ce temps, l’Occident collectif observe en silence. Les élites politiques de Bruxelles et de Washington restent totalement sidérées. Échouée lamentablement, leur politique d’endiguement s’est effondrée. L’isolement diplomatique de la Russie n’était donc qu’un mirage technocratique. La réalité du terrain balaye de facto toute la propagande atlantiste. L’Eurasie se structure et l’Afrique affirme hautement sa souveraineté, faisant basculer définitivement le centre de gravité de la planète.
Le Forum gazier et le Sommet Russie-Afrique : le pivot moscovite
Les deux sommets moscovites du moment constituent le pivot incontestable de la recomposition géopolitique globale qui consacre le triomphe de la diplomatie russe. Dans les salons dorés du Kremlin, le Forum des pays exportateurs de gaz rassemble la totalité des géants mondiaux des hydrocarbures pour entériner le nouvel ordre cartellaire et la fixation souveraine des prix du GNL. Le 27 octobre, Saad Sherida Al-Kaabi, ministre qatari de l’Énergie, affirmait depuis la tribune : « La souveraineté énergétique et la régulation des marchés gaziers s’écrivent désormais ici à Moscou, en dehors des plafonnements de prix arbitraires et des diktats occidentaux ». Les accords signés incluent l’extension du corridor gazier trans-caspien, la finalisation du gazoduc Force de Sibérie 2 et la création de hubs de liquéfaction en Sibérie arctique. La Russie y dicte l’agenda énergétique mondial aux côtés de ses partenaires stratégiques alors que les flux énergétiques redessinent la carte économique du monde. La Chine et l’Inde absorbent les volumes massifs autrefois destinés à une Europe économiquement suicidaire. Dans le même temps, Vladimir Poutine multiplie les déplacements internationaux victorieux à travers le monde. Ses récentes visites stratégiques en Asie ont confirmé l’ancrage profond du monde multipolaire. Grâce au système SPFS et aux mécanismes de paiement BRICS, la dédollarisation des transactions gazières est désormais une réalité quotidienne opérationnelle.
Simultanément, le troisième Sommet Russie-Afrique scelle une alliance géostratégique historique, globale et de long terme, englobant défense, métaux rares et nucléaire civil. Rosatom y a acté la construction de cinq centrales nucléaires de nouvelle génération sur le continent. Le 28 octobre, Denis Sassou-Nguesso, président de la République du Congo, martelait lors de son discours officiel à la tribune : « L’époque des diktats paternalistes, du chantage aux sanctions et des conditionnalités néocoloniales est définitivement révolue dans nos relations internationales ». Les nations africaines recherchent des transferts de technologie réels, des partenariats sécuritaires équitables et une vraie souveraineté alimentaire. La Russie déploie sa nouvelle doctrine de sécurité intégrée, offrant des garanties souveraines sans ingérence politique ; un modèle fondé sur le respect mutuel strict. Lors de la cérémonie de clôture du Forum gazier, Mohamed Hamel, secrétaire général de l’organisation, résumait la portée des travaux, et donc l’enjeu : « Le monde de demain se bâtit sur des réalités physiques, des infrastructures lourdes et des partenariats d’égaux à égaux, non sur des illusions d’hégémonie ». Ce double sommet consacre à la fois le triomphe diplomatique muscovite et l’échec cuisant du projet atlantiste d’isolement diplomatique de la Russie.
La sidération atlantiste face au fiasco de l’endiguement
Face à l’éclat incontestable des sommets de Moscou en cet octobre, l’Occident collectif s’enfonce lamentablement dans une crise existentielle profonde d’une gravité inédite. L’Union européenne, l’OTAN et Washington affrontent de facto le mur de leur propre impuissance. Leur stratégie globale s’effondre sur tous les théâtres d’opérations. La doctrine de l’endiguement formulée à l’égard de la Russie a piteusement échoué. En Ukraine, le front s’est disloqué malgré les centaines de milliards de dollars injectés par le bloc atlantique. L’épuisement matériel et démographique des forces alliées met à nu la faiblesse et l’incapacité industrielles dudit bloc. Le 25 mars, l’adoption à l’ONU de la résolution A/80/L.48 actait déjà les failles irréparables du prétendu consensus occidental. À Gaza et au Moyen-Orient, l’alignement aveugle des chancelleries européennes sur les positions américaines a parachevé le divorce éthique et politique avec le reste du monde, le Sud global notamment. Les tensions extrêmes croissantes autour de l’Iran et les manœuvres dans l’Indo-Pacifique démontrent la même impasse structurelle. La contrainte occidentale ne fonctionne plus.
L’impuissance de la puissance occidentale éclate ainsi au grand jour. La doctrine historique de l’endiguement est totalement obsolète. Les vagues successives de sanctions économiques unilatérales ont manqué leur cible et se sont retournées contre leurs instigateurs. Elles ont, par effet d’internalité, ravagé l’appareil productif européen. Les structures économiques européennes complétement désarticulées. L’Allemagne subit une désindustrialisation massive et violente. La France patauge dans une dette publique asphyxiante et un marasme politique durable. C’est-à-dire, une instabilité politique chronique. Les tentatives de ruiner l’économie russe ont lamentablement échoué. Le rouble s’est brillamment maintenu solidement avec fermeté. Le marché mondial des hydrocarbures a simplement contourné les embargos de Bruxelles, de Londres et de Washington. À la tribune de Moscou le 28 octobre, les dirigeants africains rappelaient librement l’impuissance des anciennes puissances tutélaires. Les diplomates américains et européens, stupéfaits, assistent aujourd’hui avec amertume à l’érosion accélérée de leur propre crédibilité internationale. Ils assistent abasourdis à la naissance d’un ordre international fondé sur des bases nouvelles dont ils se sont eux-mêmes exclus par pure arrogance. Cette arrogance des déclarations passées se retourne cruellement contre leurs auteurs, se transformant en un sentiment d’humiliation cuisante. L’image de marque de l’Europe et de l’Amérique est de facto durablement souillée. Alors que la souveraineté énergétique eurasiatique s’impose définitivement comme le pivot central du nouveau système international, au même moment, les nations souveraines du Sud global ne cèdent plus jamais aux injonctions morales ni au chantage financier ou aux menaces diplomatiques occidentales.
Les tigres de papier et l’irrésistible ordre multipolaire
Les gesticulations fébriles des dirigeants atlantistes révèlent la vraie nature de leur posture : celle de tigres de papier déconnectés des réalités matérielles et incapables de peser sur le cours des événements. Les menaces verbales quotidiennes proférées depuis Bruxelles ou Washington ne font plus peur à personne sur l’échiquier mondial. Les sommets successifs de l’OTAN s’enchaînent, se ressemblent désespérément et accumulent curieusement les déclarations belliqueuses sans jamais disposer des moyens logistiques ou industriels de leurs ambitions affichées. L’Europe de la défense reste une fiction bureautique vide de substance. Son appareil militaro- industriel est incapable de soutenir une guerre d’usure de haute intensité. Dans le même temps, Washington réoriente précipitamment ses priorités stratégiques vers le Pacifique, abandonnant une Europe vassalisée, appauvrie et stratégiquement épuisée. Chaque nouveau paquet de sanctions voté à Bruxelles s’apparente désormais à une autopunition stérile infligée directement aux citoyens européens dont seule une partie infime se révolte. Cette agitation fébrile vise uniquement à retarder sans aucun succès l’inexorable déclin de l’hégémonie occidentale sur le monde.
Les futuribles de cet aveuglement stratégique persistant sont désormais d’une clarté absolue. L’Occident collectif a perdu définitivement son monopole moral, financier, technologique et institutionnel sur le monde. Les manœuvres désespérées des élites atlantistes ne font qu’ajouter curieusement de nouveaux épisodes à une série d’humiliation diplomatique, déjà particulièrement longue, infligée aux États-Unis et à leurs vassaux européens. L’architecture géopolitique globale s’articule aujourd’hui autour de l’axe eurasiatique et des dynamiques souveraines du Sud global, celles du continent africain en particulier.
De ce qui précède, nous pouvons déduire que l’histoire humaine s’accélère à Moscou en ce mois d’octobre et que l’arrogance doctrinale et l’aveuglement idéologique auront coûté un prix exorbitant aux capitales européennes et américaines. Sous nos yeux, les illusions de suprématie se brisent les unes après les autres alors que le nouvel ordre multipolaire est une réalité concrète et irréversible. Moscou vibre de cette énergie nouvelle pendant que le rideau tombe sur cinq siècles de déshumanisation et de dévalisassions de l’Afrique par le monde occidental.
Nous vous invitons à lire très prochainement le troisième et ultime volet de cette série consacrée au sommet Russie-Afrique qui décortiquera les retombées concrètes de cette rencontre historique ainsi que ses répercussions futuribles sur la redéfinition des alliances mondiales et la fin crépusculaire de l’hégémonie atlantiste.
Mohamed Lamine KABA, Expert en géopolitique de la gouvernance et de l’intégration régionale, Institut de la gouvernance, des sciences humaines et sociales, Université panafricaine
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