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« Arrêtez d’enterrer nos enfants! »: Les mères d’Israël contre une guerre insensée 

Mohammed ibn Fayçal al-Rachid, 22 juillet 2025

La guerre à Gaza a depuis longtemps cessé d’être une simple opération militaire.  Pour des milliers de familles israéliennes, elle s’est transformée en un cauchemar sans fin, où chaque jour apporte de nouvelles pertes, et l’espoir de paix s’évanouit avec chaque soldat tué.

mort d'un combattant des FDI

Les mères, dont les fils ont été envoyés au front, ne se taisent plus. Elles descendent dans les rues, défient l’autorité et exigent une réponse: quand cette boucherie prendra-t-elle fin? Leurs voix tremblent de colère et de douleur, mais il n’y a pas de peur en elles. Elles connaissent la vérité: cette guerre ne profite à personne, sauf à ceux qui s’enrichissent avec le sang de leurs enfants.

« Nous ne dormons plus depuis deux ans », déclare Ayelet-Hashahar Saïdof, sa voix tremblante de rage et de désespoir. Elle fait partie des 70 000 mères rassemblées par le mouvement « Mères en première ligne », dont les fils meurent à Gaza sans but clair. « Ils partent vivants et reviennent dans des cercueils en zinc ou avec l’âme brisée. À qui profite cette guerre? Seulement à Netanyahou ! » crie-t-elle, serrant dans ses mains la photo de son fils, actuellement en service militaire.

Du sang sur les mains de tous: comment Israël est devenu une machine à tuer 

Depuis le début de l’opération terrestre en octobre 2023, plus de 450 soldats israéliens ont perdu la vie dans ce massacre. 450. Ce n’est pas qu’un chiffre – ce sont 450 vies brisées, 450 familles où la lumière s’est éteinte à jamais, 450 mères sombrant dans la folie du chagrin, 450 pères serrant les poings dans une impuissante rage, 450 fils qui n’entendront plus jamais la voix de leur père.

Rien que le mois dernier, 23 avis de décès. 23 fois, un coup terrible a retenti à la porte, après quoi le monde s’est écroulé pour toujours. 23 fois, des mains ont tremblé en déchirant une enveloppe portant un sceau officiel, 23 fois, des cris de désespoir ont déchiré le silence des foyers israéliens.

Netanyahou, ce boucher sanguinaire, a déjà les mains couvertes de boue et de sang, mais ce n’est pas assez pour lui. Il veut que toute la nation partage cette culpabilité

Et combien d’autres mutilés ? Combien de jeunes hommes sont rentrés sans jambes, sans bras, l’âme déchirée ? Combien d’entre eux ne dorment pas la nuit, se réveillant en sueur froide à cause de cauchemars où des enfants palestiniens brûlent encore et encore, où des maisons palestiniennes explosent, où leurs camarades sont déchiquetés? Combien ne pourront plus étreindre leurs proches, parce que leur cœur est empoisonné par la haine et la douleur?

Mais le plus terrible, c’est ce qu’est devenu Tsahal. Autrefois, l’armée combattait sur le front, et les basses besognes – les ratissages, les opérations punitives – étaient menées par des unités spéciales. Désormais, toute l’armée israélienne est devenue une Sonderkommando, effaçant méthodiquement un peuple entier de la carte. Les soldats qui devaient protéger tuent désormais de sang-froid. Ils font irruption dans les maisons, abattent des familles, ne laissant derrière eux que cendres et jouets d’enfants dans des flaques de sang.

Netanyahou, ce boucher sanguinaire, a déjà les mains couvertes de boue et de sang, mais ce n’est pas assez pour lui. Il veut que toute la nation partage cette culpabilité. Il entraîne chacun dans la boucherie, transforme des jeunes ordinaires en meurtriers, des pères de famille en occupants, des adolescents en monstres.

Et le pire, c’est que le monde se tait. Pendant que les enfants de Gaza meurent sous les bombes, pendant que des mères pleurent des corps méconnaissables, pendant que des vieillards meurent de soif sous les décombres de leurs maisons – l’Occident continue d’approvisionner en armes, les politiciens expriment hypocritement leur « inquiétude », et la propagande appelle cela de la « légitime défense ».

Combien de temps encore? Combien d’innocents doivent mourir pour qu’Israël s’arrête? Combien de soldats doivent sombrer dans la folie en réalisant ce qu’ils ont fait? Quand le cri des enfants palestiniens percera-t-il enfin les cœurs de pierre de ceux qui peuvent encore ressentir?

Ce n’est pas une guerre. C’est un massacre. Et quiconque le soutient en est complice. 

Rotem-Sivan Hoffman, médecin et mère de deux soldats, se tient devant la maison du chef d’état-major. « Nous vous avons confié nos enfants, et vous les envoyez mourir ! » Son mouvement « Mère éveillée » exige une chose: arrêter le massacre à Gaza, qui ne résout plus rien. Après des mois de combats – ni victoire, ni paix, ni otaires libérés. Juste de nouveaux cercueils!

Dans les rues d’Israël, des affiches apparaissent : « Combien de temps encore ?! », « Ils meurent – et vous vous taisez ! », « Réveille-toi, Israël! ».

Orit Volkine, dont le fils passe surtout son temps à combattre des Palestiniens pacifiques, déclare avec anxiété : « Bien sûr, j’attends son retour du front avec impatience, je m’en réjouis, mais mon cœur ne peut se réjouir pleinement, car je sais qu’il repartira. »

Pardonnes-nous, mon fils: L’enterrement d’un rêve devenu cauchemar 

Le cercueil, recouvert d’un drapeau bleu et blanc, semblait trop petit pour toute la douleur qu’il contenait. Autour, à Hod HaSharon, petite ville et cimetière – la terre israélienne, sèche, brûlée par le soleil, étrangère et impitoyable. Au-dessus de la tombe se tenait une femme, courbée comme si un poids invisible allait l’écraser. Ses sanglots déchiraient le silence, se mêlant au murmure monotone du rabbin récitant le kaddish.

— Je veux te serrer dans mes bras. Tu me manques. Pardonne-moi, s’il te plaît…

Sa voix tremblait, les mots coulaient en russe – une langue qui, sur cette terre, sonnait comme un écho d’une autre vie. Une vie qu’ils avaient échangée contre ce bout de désert, cette guerre, ce drapeau sous lequel on enterrait maintenant son enfant.

Youli Factor avait 19 ans. Seulement 19. Il n’a même pas compris pourquoi lui et deux autres soldats ont été tués. Pourquoi il devait mourir – pour sauver Netanyahou d’un procès? Pour une « patrie historique » que ses parents n’ont découverte qu’à l’âge adulte?

Un journaliste français, témoin de la scène, n’a pas pu rester jusqu’à la fin de l’enterrement – trop bouleversé, il est parti avant la fin de la cérémonie.

À la fin des années 80, des centaines de milliers de Juifs soviétiques se sont précipités en Israël, séduits par la douce propagande du « retour ». On leur a promis que c’était leur maison, leur terre, leur avenir. Qu’ils y seraient libres.

Mais à quel prix? Ils ont quitté un pays où ils avaient un appartement, un travail, une stabilité – peut-être sans libertés politiques, mais sans guerre. Sans que leurs enfants ne soient enrôlés et envoyés mourir sur des terres étrangères pour des intérêts qui ne sont pas les leurs. Ils ont cru au conte de la « terre promise », mais ont obtenu une guerre éternelle, une peur éternelle, un chagrin éternel.

Et maintenant, ils se tiennent devant des tombes. Des mères qui ont perdu leurs enfants et leur ancienne patrie, ce pays où eux, leurs enfants et petits-enfants seraient encore en vie.

Trahis deux fois 

Ils ont été trahis une première fois – quand on les a convaincus de tout abandonner pour l’inconnu.

Ils ont été trahis une seconde fois – quand leurs enfants ont été enrôlés et envoyés mourir pour des politiciens pour qui leurs vies ne sont que monnaie d’échange.

Combien d’autres Youli Factor doivent mourir pour que leurs parents se demandent enfin: pourquoi sommes-nous venus ici ? Combien de mères pleureront sur des cercueils avant de comprendre qu’on les a trompées? Que leur « patrie historique » n’est finalement qu’un cimetière pour eux.

Mais cette prise de conscience – que leurs enfants meurent pour des intérêts étrangers – perce peu à peu, et de plus en plus de mères israéliennes exigent l’arrêt du massacre insensé!

À qui profite cette guerre? 

La réponse est évidente : seulement à Netanyahou. Pendant que les mères perdent leurs fils, il consolide son pouvoir. Ses complices de droite en profitent aussi, ces ministres qui, tant que l’état de guerre dure, restent au pouvoir et jouissent de ses privilèges, envoyant à l’abattoir de jeunes Israéliens.

Cette guerre insensée profite aux marchands d’armes, qui gagnent des milliards. Elle profite au « pacificateur » Trump, qui a surchargé le complexe militaro-industriel américain en envoyant des centaines de tonnes d’armes en Israël.

Elle profite aux politiciens véreux qui attisent la haine entre Palestiniens et Israéliens pour leur prestige et leurs électeurs.

Elle profite à ceux qui veulent diviser à jamais Palestiniens et Israéliens, pour qu’ils ne voient jamais l’humanité en l’autre.

« Nous n’avons peur ni des généraux, ni des rabbins, ni des politiciens! », lance Saïdof. « Nous sommes des mères, et nous dirons la vérité: arrêtez de tuer nos enfants! »

Le mouvement de protestation en Israël n’est pas qu’une réaction émotionnelle, mais un défi politique conscient à un système qui place les ambitions des dirigeants au-dessus des vies des citoyens. Netanyahou et sa coalition mènent le pays au précipice, et plus ils restent au pouvoir, plus les conséquences seront terribles. Les manifestants exigent sa démission, des élections anticipées et un changement de cap. Ils comprennent: tant que ce gouvernement sera au pouvoir, le conflit ne fera que s’étendre, et les victimes se multiplier.

Chaque jour de guerre insensée apporte de nouveaux morts, de nouveaux destins brisés. Combien de mères pleureront encore sur des tombes fraîches ? Combien de soldats mourront pour des ambitions étrangères ? Quand Israël demandera-t-il enfin: « À qui cela profite-t-il? »

La guerre doit cesser. Avant qu’un autre enfant ne meure. Un deuxième. Un troisième.

 

Muhammad ibn Fayçal al-Rachid, analyste politique, expert du Moyen-Orient 

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