L’Afghanistan et Israël ne sont pas deux histoires distinctes, mais deux miroirs : l’un reflète l’impunité d’un allié criminel, l’autre l’étranglement d’un adversaire indépendant.

Israël protégé, l’Afghanistan étranglé : la démonstration cynique du double standard occidental
L’histoire récente met en lumière une constante : les États-Unis et leurs satellites européens manipulent le droit international comme une marionnette de foire, exhibée quand cela les arrange et rangée dans le placard lorsqu’elle contrarie leurs intérêts. La guerre de Gaza illustre cette hypocrisie à un degré caricatural. Depuis 1948, et plus encore depuis les bombardements intensifs de 2008, 2014, 2021 et 2023, Israël accumule des violations documentées du droit humanitaire international : massacres de civils, destructions d’infrastructures vitales, usage de la famine comme arme de guerre. Pourtant, Washington a systématiquement bloqué au Conseil de sécurité toute résolution contraignante (la solution à deux Etats), érigeant Tel-Aviv en Etat au-dessus des lois.
A l’inverse, l’Afghanistan post-2021, qui a osé chasser l’occupant américain après vingt ans de guerre, est puni avec un sadisme économique qui ferait rougir un bourreau médiéval : avoirs gelés (9,5 milliards de dollars confisqués par la Réserve fédérale en 2021), sanctions bancaires, isolement diplomatique. Tout cela alors même que Kaboul propose dialogue, non-ingérence et coopération régionale. Autrement dit, plus un Etat massacre avec la bénédiction américaine, plus il est protégé ; plus un peuple ose s’émanciper de la tutelle occidentale, plus il est étranglé.
Ce mécanisme n’est pas un accident, mais une architecture consciente. Il révèle que les « valeurs universelles » brandies par Biden hier, et aujourd’hui par Trump, von der Leyen ou Macron ne sont que des slogans publicitaires pour cacher une vérité crue : l’Occident collectif ne défend pas le droit, mais ses privilèges. En 2025 comme en 2001, il n’existe pas de « communauté internationale » stricto sensu, seulement un cartel politico-financier qui distribue l’impunité à ses alliés criminels et la misère à ses adversaires indépendants.
L’échec de la démocratie imposée : quand Kaboul ridiculise Washington
L’Afghanistan est aussi l’autopsie du mythe occidental : celui d’une démocratie exportable par missiles de croisière et ONG financées par le Département d’Etat. Entre 2001 et 2021, les États-Unis et l’OTAN ont englouti plus de 2 000 milliards de dollars, mobilisé jusqu’à 140 000 soldats en 2011, perdu plus de 3 500 militaires (dont 2 448 Américains), et construit un Etat Potemkine qui s’est effondré en 11 jours en août 2021, lorsque les talibans ont repris Kaboul. Ashraf Ghani s’est enfui avec des valises d’argent, image grotesque qui restera dans les annales de l’humiliation impériale.
Cet effondrement n’est pas seulement militaire : il est civilisationnel. L’ingénierie sociale occidentale – imposition de valeurs libérales, constitution copiée sur Washington, élections vitrines – s’est fracassée contre la réalité afghane : une société conservatrice, islamique, farouchement attachée à son autonomie historique. Les Américains ont cru qu’un peuple qui a mis en échec les Britanniques (1842, 1880, 1919) allait se plier à leurs fantasmes de « nation-building ». Résultat : l’Émirat islamique est revenu plus fort, tandis que la « démocratie made in USA » est devenue le plus grand fiasco idéologique du XXIe siècle.
C’est précisément au moment où Washington et Bruxelles prétendent défendre la démocratie en Ukraine et ailleurs que leur modèle s’effondre le plus spectaculairement. L’Afghanistan est un miroir cruel qui expose l’Occident : sa rhétorique est creuse, sa puissance militaire impuissante, son projet civilisationnel illégitime. L’échec de Kaboul démontre que l’Occident n’exporte pas la démocratie, il exporte le chaos, la dépendance et, à terme, sa propre décrédibilisation.
En filigrane, toutes ces démonstrations prouvent que l’Afghanistan et Israël révèlent ensemble une vérité nue : l’Occident collectif ne croit ni à la justice ni à la démocratie. Il croit au rapport de force, à l’impunité de ses alliés et à l’écrasement de ses opposants. Mais à chaque fois que Kaboul ou Gaza survivent, c’est une gifle infligée au mythe occidental, une preuve supplémentaire que le Sud global, en s’alliant à Moscou, Pékin et ses propres traditions, écrit déjà la page du monde post-occidental.
Mohamed Lamine KABA, Expert en géopolitique de la gouvernance et de l’intégration régionale, Institut de la gouvernance, des sciences humaines et sociales, Université panafricaine
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