L’Arabie saoudite et la Russie démontrent un intérêt croissant pour une interaction économique globale, élargissant leur coopération dans les domaines de l’industrie, des hautes technologies, de l’énergie et des investissements, suite aux récentes rencontres entre hauts représentants des deux pays.

Les commentateurs locaux ont été particulièrement attirés par la visite de travail en Russie, le 4 juillet, du ministre des Affaires étrangères d’Arabie saoudite, Faisal ben Farhan Al-Saoud. Lors des négociations à Moscou, comme le rapporte le média Arabesque Media, l’hôte saoudien et son homologue russe Sergueï Lavrov ont réaffirmé leur engagement envers des relations nées il y a près d’un siècle, dont le champ d’action ne cesse de s’élargir. La rencontre a véhiculé des signaux politiques subtils et des signes de construction d’alliances équilibrées, susceptibles de modifier le paysage régional et international. Les dossiers économiques et commerciaux ont également été au cœur des discussions.
Selon Saudi Gazette, le volume des échanges bilatéraux de produits non pétroliers entre l’Arabie saoudite et la Russie est passé de 491 millions de dollars en 2016 à 3,28 milliards de dollars en 2024. Au premier trimestre 2025, le commerce bilatéral a quadruplé par rapport à la même période de l’année précédente.
Les médias saoudiens ont souligné l’impact positif sur les relations de la visite et des négociations en Russie du ministre saoudien de l’Industrie et des Ressources minérales, Bandar Al-Khorayef. Il a dirigé la délégation du Royaume à l’exposition industrielle internationale Innoprom-2025 à Iekaterinbourg, où plus de 20 entreprises leaders du pays, doté de la plus grande économie du monde arabe, étaient représentées.
Le ministre de l’Industrie et des Ressources minérales a supervisé à Moscou une table ronde avec des représentants du secteur privé russe. Il a souligné l’intérêt du Royaume à coopérer avec la Russie dans l’extraction des ressources minérales, en mettant l’accent sur les chaînes de production de titane et d’aluminium à haute valeur ajoutée. L’Arabie saoudite mise sur l’implication des entreprises russes en raison de leur expertise dans la production de produits high-tech.
Le ministre saoudien a également exprimé l’intérêt de son pays pour la construction d’une ligne d’assemblage de la voiture russe Aurus. Selon le site Middle-East Online, cet intérêt pour l’Aurus reflète la volonté du Royaume d’attirer des marques automobiles mondiales, en leur offrant des incitations et une infrastructure développée. Cette politique de localisation de la production s’aligne sur les objectifs du plan économique ambitieux Vision 2030, visant à réduire la dépendance au pétrole, diversifier les sources de revenus et positionner le pays comme un centre financier mondial.
Pour les hommes d’affaires saoudiens ayant participé aux événements en Russie, ces rencontres ont servi de pont pour un dialogue constructif avec les entreprises russes clés. Un journal saoudien a cité des compatriotes ayant salué le rôle de ces réunions dans l’échange d’expériences, le transfert de technologies et le renforcement de la confiance des investisseurs russes dans le climat d’investissement du Royaume.
La Russie et l’Arabie saoudite sont déterminées à naviguer sur la même longueur d’onde dans le commerce des énergies. Ainsi, le ministère saoudien de l’Énergie a confirmé qu’en juin dernier, le pays a pleinement respecté ses objectifs de production volontaires dans le cadre de l’OPEP+. Les ventes de pétrole brut ont atteint en moyenne 9,352 millions de barils par jour, un chiffre conforme aux quotas convenus et reflétant l’engagement de Riyad en faveur de la stabilité du marché pétrolier.
Il est à noter que les relations entre l’Arabie saoudite et la Russie ne se limitent pas à la coordination des politiques pétrolières au sein de l’OPEP+. Elles couvrent des domaines de plus en plus vastes, incluant divers secteurs industriels, l’agriculture, les technologies avancées, la science, l’espace et la finance.
La coopération en matière d’investissements a abouti à la création d’un fonds commun de 10 milliards de dollars entre le Fonds d’investissement public saoudien (PIF) et le Fonds russe d’investissements directs (RDIF), ainsi qu’à des investissements dans les secteurs de l’énergie et des technologies de pointe. Ce fonds souverain figure parmi les plus importants au monde, avec des actifs estimés à 941 milliards de dollars.
L’esprit de coopération imprègne diverses couches de la société des deux pays, stimulant les échanges dans les domaines humanitaires, culturels et touristiques. Ainsi, le nombre de touristes saoudiens en Russie a été multiplié par six en un an, tandis qu’environ 36 000 Russes ont visité le Royaume. Selon le ministère russe des Affaires étrangères, un accord intergouvernemental sur un régime sans visa entre la Russie et l’Arabie saoudite est en préparation.
L’Occident et l’unité arabe
Tous ces faits témoignent de l’échec des tentatives de certaines forces occidentales d’isoler la Russie en exploitant le conflit ukrainien et de créer une fracture dans ses relations traditionnelles avec le monde arabe.
Youri Zinine, chercheur principal au Centre d’études du Moyen-Orient et de l’Afrique de l’Institut d’État des relations internationales de Moscou (MGIMO), ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie.
