EN|FR|RU
Suivez-nous sur:

À propos de la visite en Grande-Bretagne et aux Maldives du Premier ministre indien Narendra Modi

Anvar Azimov, 28 juillet 2025

Dans sa politique étrangère multidimensionnelle, l’Inde accorde traditionnellement une attention particulière à ses relations avec son ancienne métropole.

Modi

Le dernier voyage du chef du gouvernement indien, N. Modi, au Royaume-Uni, les 23 et 24 juillet 2025, a considérablement fait avancer le « partenariat stratégique global » entre les deux pays et s’est conclu par la signature d’un accord historique de libre-échange, ouvrant de vastes possibilités pour renforcer les échanges commerciaux et les investissements.

La signature d’un accord historique de libre-échange entre la Grande-Bretagne et l’Inde

Invité à Londres par le Premier ministre britannique Keir Starmer, le dirigeant indien N. Modi a mené avec lui des discussions sur un large éventail de questions de coopération bilatérale dans divers domaines. Au cœur des entretiens à Londres figurait la signature d’un accord de libre-échange bilatéral, négocié depuis plus de trois ans, qui réduit considérablement les droits de douane sur les produits exportés et permettra d’augmenter le volume des échanges bilatéraux à 35 milliards de dollars par an. Actuellement, le volume des échanges entre les deux pays dépasse 55 milliards de dollars, et les parties prévoient de le porter à 120 milliards d’ici 2030. Il est à noter que Londres et Delhi sont d’importants investisseurs : le premier a investi environ 36 milliards de dollars dans l’économie indienne, tandis que les investissements indiens s’élèvent à environ 20 milliards de dollars. Plus de mille entreprises indiennes opèrent dans divers secteurs en Grande-Bretagne, où réside également l’une des plus grandes diasporas indiennes (environ 2 millions de personnes), dont les membres jouent un rôle notable non seulement dans les domaines économique et commercial, mais aussi dans la vie politique.

Ce quatrième voyage de Narendra Modi en Grande-Bretagne a confirmé le caractère spécial et prioritaire de la coopération multiforme et très réussie entre les deux pays

Les discussions ont également porté sur la coopération en matière de défense, de renseignement, d’innovation, d’éducation, de science et de culture. Des documents correspondants ont été signés. N. Modi a été reçu par le roi Charles III, a rencontré la diaspora indienne et s’est adressé aux représentants du monde des affaires. Une attention particulière a été accordée lors de ces rencontres à la conclusion de l’accord de libre-échange, qualifié d’« historique et longtemps attendu », ainsi qu’à une vision commune des relations bilatérales jusqu’en 2035.

Ce quatrième voyage de Narendra Modi en Grande-Bretagne a confirmé le caractère spécial et prioritaire de la coopération multiforme et très réussie entre les deux pays, ainsi que la proximité de leurs positions sur les problèmes internationaux et régionaux abordés, notamment la nécessité de lutter contre le terrorisme.

Un tournant majeur dans les relations

Le 25 juillet, le Premier ministre indien s’est rendu de Londres à Malé, la capitale des Maldives, où il avait été invité comme invité d’honneur pour les célébrations du 60e anniversaire de l’indépendance de ce petit État insulaire musulman de l’océan Indien. Les deux parties ont également marqué le 60e anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques. Pour les Maldives, l’Inde est et reste le principal partenaire commercial, économique, financier et militaire, bien que New Delhi y fasse face à son rival géopolitique, la Chine, qui déploie des efforts actifs pour s’implanter à Malé et y affaiblir l’influence indienne. Les Américains se joignent également à cette rivalité sur l’île, mais ils n’y jouent pour l’instant qu’un rôle secondaire.

Après le changement de pouvoir aux Maldives en 2023 et l’arrivée à la présidence de Mohamed Muizzu, la lutte s’est intensifiée entre les partisans traditionnels d’une orientation prioritaire vers l’Inde et leurs opposants, favorables à un alignement pro-chinois dans la politique étrangère de cet État insulaire, dont l’économie repose principalement sur le tourisme. Des voix se sont élevées pour demander la réduction de la présence militaire et politique de l’Inde dans le pays, ainsi qu’une diminution de la dépendance économique et financière à son égard. Début 2024, lors d’une visite du président maldivien à Pékin, plus de 20 accords bilatéraux ont été signés, renforçant la position de la Chine sur l’île.

Cependant, les Indiens n’ont pas accepté cette situation et ont réussi à rétablir leur présence dominante aux Maldives, comme en témoignent les résultats de la visite du président maldivien en Inde en octobre 2024. Des accords ont été conclus sur une nouvelle aide financière à l’île (d’un montant total d’environ 1 milliard de dollars), ainsi que sur une vision commune du partenariat économique et maritime, et dans les domaines de la défense, de la sécurité et du tourisme. Il a été convenu que le puissant voisin (l’Inde) ne perturberait pas le marché touristique des Maldives, disposant elle-même d’une zone touristique insulaire sur les îles Lakshadweep, et continuerait à stabiliser la situation économique et financière à Malé.

Les résultats de la mise en œuvre de ces vastes programmes de coopération bilatérale étaient au cœur des discussions lors de la visite de Narendra Modi les 25 et 26 juillet, la troisième qu’il effectuait aux Maldives et la première depuis le changement de pouvoir sur l’île. Les négociations et la signature d’un nouveau paquet d’accords ont confirmé que l’Inde restait le partenaire principal et le plus influent des Maldives. Les parties ont convenu de finaliser prochainement un important accord de libre-échange. En guise de geste symbolique pour stimuler le commerce et améliorer les infrastructures touristiques, l’Inde a accordé une nouvelle ligne de crédit aux Maldives, cette fois d’un montant de 545 millions de dollars. Ces accords, ainsi que d’autres conclus à l’issue des négociations, élargissent les possibilités de renforcement de la coopération bilatérale dans divers domaines et confirment le rôle prioritaire de l’Inde dans les affaires de l’État insulaire.

 

Anvar Azimov, diplomate et politologue, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire, docteur en histoire, chercheur principal à l’Institut eurasien de l’Université MGIMO du ministère des Affaires étrangères de Russie

Plus d'informations à ce sujet
Le nationalisme blanc et le démantèlement de la «culture inclusive» australienne
Le dilemme chinois de l’Europe : Pourquoi l’UE ne parvient toujours pas à définir la Chine
La tournée africaine de Sergueï Lavrov brise le plafond de verre post-colonial
Japon et Inde : une nouvelle étape du partenariat stratégique
La géographie contre-attaque : la souveraineté à l’âge des flux