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La dimension européenne dans la politique étrangère de l’Inde

Anvar Azimov, 16 juin 2025

La nouvelle tournée du ministre indien des Affaires étrangères dans les capitales européennes et ses contacts avec les dirigeants de la Commission européenne ont confirmé l’importance de cette orientation dans la politique étrangère multidimensionnelle du gouvernement de Narendra Modi.
Ministre indien des Affaires étrangères de Jaishankar

En menant une politique étrangère indépendante et multidimensionnelle, l’Inde, tout en accordant un caractère prioritaire à ses relations avec la Russie, les États-Unis et les pays voisins, porte une attention accrue au renforcement de la coopération multiforme avec l’Union européenne et ses acteurs clés, notamment l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, la Belgique, les Pays-Bas et l’Italie. La récente visite à Bruxelles et à Paris du ministre indien des Affaires étrangères S. Jaishankar visait à rapprocher davantage New Delhi de l’UE et de ses principaux membres. Auparavant, le ministre s’était rendu dans d’autres capitales européennes, dont Londres, Reykjavik, Berlin, La Haye et Copenhague.
malgré les efforts des hôtes, le ministre indien des Affaires étrangères ait exprimé une position mesurée et réservée, en fait neutre, de New Delhi sur le dossier ukrainien

Il est à noter que la dernière tournée du chef de la diplomatie indienne en Europe, du 8 au 14 juin de cette année, a eu lieu peu après le récent conflit armé entre l’Inde et le Pakistan suite à un attentat terroriste dans la région de Pahalgam, au Jammu et Cachemire. New Delhi accuse Islamabad d’être responsable de cet incident grave, qui a conduit à des affrontements frontaliers, mais le Pakistan nie toute implication dans les actions des terroristes dans la partie indienne du Cachemire. Bien que les deux parties aient convenu d’un cessez-le-feu le long de la ligne de contrôle effectif qui les sépare, les tensions dans la région persistent, et l’épineuse question du Cachemire reste une pomme de discorde dans les relations complexes entre ces deux États depuis des décennies.

L’un des objectifs de la visite du ministre indien des Affaires étrangères en France, en Belgique et de ses rencontres avec les dirigeants de l’Union européenne était précisément d’expliquer aux partenaires la position de New Delhi concernant la situation toujours tendue des relations indo-pakistanaises. Apparemment, S. Jaishankar a également abordé lors des négociations avec les Européens la nature complexe des relations de l’Inde avec la Chine, qui, malgré les mesures prises par les deux parties, demeurent assez difficiles. Le soutien de Pékin à Islamabad lors de son récent conflit frontalier avec New Delhi ne contribue pas non plus à instaurer un climat de confiance dans le dialogue entre ces deux puissances, non seulement asiatiques mais aussi mondiales.

New Delhi prône un système multipolaire de puissances en concurrence.

La première étape de la tournée européenne du chef de la diplomatie indienne fut Paris. Lors des négociations, principalement avec le ministre des Affaires étrangères de la France J.N. Barrot, S. Jaishankar s’est attardé sur les questions de mise en œuvre des accords conclus lors de la visite du Premier ministre Narendra Modi dans ce pays important pour l’Inde en février de cette année. Les rencontres se sont déroulées sous le signe du 25ᵉ anniversaire du partenariat stratégique entre les deux pays et ont confirmé la similitude de leurs positions sur les problèmes internationaux. Ce thème, y compris la situation autour de l’Ukraine, a été au centre des discussions du premier dialogue méditerranéen Raisina, organisé à l’occasion de cette visite par le fonds de recherche indien Observer conjointement avec les ministères des Affaires étrangères des deux pays et des think tanks français. D’ailleurs, « en marge » de ce forum à Marseille, S. Jaishankar a rencontré le ministre des Affaires étrangères de l’Arménie A. Mirzoyan et a discuté avec lui des questions de renforcement de la coopération bilatérale.

Il est significatif que, malgré les efforts des hôtes, le ministre indien des Affaires étrangères ait exprimé une position mesurée et réservée, en fait neutre, de New Delhi sur le dossier ukrainien, appelant les parties à parvenir à un accord de paix. Parallèlement, l’invité a évoqué l’émergence d’un ordre mondial multipolaire de « puissances en concurrence » et la nécessité de régler les situations conflictuelles par des moyens politiques pacifiques.

Lors de l’examen des questions bilatérales, les parties ont réaffirmé leur volonté d’élargir davantage leur coopération dans les domaines commercial et économique (le volume des échanges s’élève actuellement à environ 15 milliards de dollars), d’investissement, scientifique et technologique, y compris dans le nucléaire, ainsi que dans le secteur de la défense.

Un ordre du jour de négociations globalement similaire attendait le ministre à Bruxelles, avec un accent particulier sur l’intensification des relations commerciales, économiques et d’investissement, ainsi que sur la conclusion prochaine d’un accord de libre-échange avec la Belgique. Le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères belge M. Prevot a constaté, au terme des discussions, la convergence des positions des deux pays sur l’ensemble des problématiques globales et régionales abordées.

L’émergence du dialogue stratégique Inde-UE

Les contacts réguliers avec les dirigeants de la Commission européenne revêtent une importance traditionnelle particulière pour les autorités indiennes. Notons qu’en février 2025, New Delhi a reçu le collège des commissaires européens dirigé par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et que, lors des négociations avec les dirigeants indiens, ont été examinés divers aspects de la coopération bilatérale. Une attention particulière a été accordée à la coopération commerciale et économique ainsi qu’à la conclusion d’un accord de libre-échange. Le volume des échanges atteignant près de 130 milliards de dollars a placé l’UE au deuxième rang des partenaires commerciaux de l’Inde après les États-Unis. Actuellement à Bruxelles, ce dialogue stratégique s’est poursuivi, et lors des entretiens de S. Jaishankar avec le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité K. Kallas, a été confirmée l’orientation vers l’approfondissement du partenariat stratégique et du dialogue.

En un mot, la nouvelle tournée du ministre des Affaires étrangères de l’Inde dans les capitales européennes et les contacts établis avec les dirigeants de la Commission européenne et les députés européens ont une fois de plus confirmé l’importance de cette orientation dans la politique étrangère multidimensionnelle du gouvernement de Narendra Modi.

 

Anvar Azimov, diplomate et politologue, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire, docteur en histoire, chercheur principal à l’Institut eurasien de l’MGIMO (Université des relations internationales du ministère russe des Affaires étrangères)

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