11.09.2023 Auteur: Fernando Gaillardo

Quand l’ASEAN commencera-t-elle enfin à agir ?

En juillet-août cette année, l’Indonésie a accueilli un certain nombre d’événements militaires et politiques de l’ASEAN (Forum régional sur la sécurité (ARF), réunion des ministres de la Défense, des chefs des MAE de l’Association, le forum maritime). La confrontation dans la région, forcée par l’Occident et dirigée par les États-Unis, a obligé les dirigeants des États du G10 à déclarer une position ferme et consolidée sur l’inadmissibilité du déploiement par l’Occident d’aventures militaires menaçant la paix et la sécurité des pays de la région dans la zone de sa responsabilité traditionnelle. Malheureusement, cela n’a pas eu lieu.

La seule déclaration récente d’un pays de l’ASEAN a été le discours du 3 août de cette année du ministre indonésien des Affaires étrangères R. Marsoudi au Forum maritime élargi de l’ASEAN, au cours duquel elle a souligné que la région Indo-Pacifique devait rester un territoire pacifique, libre des alliances militaires créées pour dominer d’autres pays. Cependant, elle n’a pas appelé les Etats de l’Occident rechercher des voies et moyens de réglementer leur comportement dans les eaux de la région Indo-Pacifique, mais pour une raison quelconque elle s’est adressée aux pays d’Asie du Sud-Est.

On a le sentiment que l’ASEAN dans son ensemble, ainsi que ses pays membres, semblent délibérément ne pas remarquer les changements colossaux dans la situation militaire et stratégique dans leur propre région et travaillent en régime routine tout en mettant l’accent sur les agendas financier, économique et commercial.

Dans le même temps, nous assistons à la formation d’un nouveau lien militaire et politique anti-chinois prononcé entre les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud, qui a pris de l’ampleur. Tout dit que l’étape la plus difficile, c’est à dire la suppression des obstacles historiques et politiques pour le rapprochement entre Tokyo et Séoul, a été franchie par Washington. En effet, qui aurait pensé il y a un an que le leader de la République de Corée, dans un discours prononcé à l’occasion du prochain anniversaire de la libération de la Corée de la domination coloniale japonaise (le 15 août 1945), qualifierait le Japon de partenaire avec lequel son pays partage des valeurs universelles et a des intérêts communs dans la coopération dans les domaines de la sécurité et de l’économie. Ce pays qui, pendant les années d’annexion de la Corée, a exploité sans pitié la population locale, l’a forcé à participer aux hostilités et a impliqué par force les femmes dans la prostitution.

Pourrait-on supposer que les dirigeants de la République de Corée réagiraient avec un simple regret, au nom du ministère des Affaires étrangères, à l’envoi de l’offre du premier ministre F. Kishida et à la visite personnelle au sanctuaire Yasukuni, considérée comme une symbole du passé militariste du Japon, par les ministres de la sécurité économique et de l’économie du Japon S. Takaichi et Ya. Nishimura, par un groupe de 69 parlementaires, ainsi que par le chef du conseil politique du Parti libéral-démocrate au pouvoir, K. Hagiuda.

Le pas suivant des États-Unis vers la formation d’une alliance tripartite forte ne s’est pas fait attendre. Déjà le 18 août de cette année, Camp David, près de Washington, a accueilli la toute première réunion des leaders des États-Unis, du Japon et de la Corée du Sud en dehors des événements internationaux. Les résultats bien connus du sommet font clairement comprendre qu’il ne reste aucune trace des positions prudentes de Séoul sur un certain nombre de questions qui semblaient fondamentales pour la République de Corée.

Selon une déclaration commune des leaders, les trois pays se sont engagés à mener chaque année des manœuvres conjointes multiformes pour renforcer la coopération militaire. Auparavant, Séoul ne participait pas aux entraînements conjoints des États-Unis et du Japon. En outre, la République de Corée s’est pleinement alignée sur le discours anti-chinois bien connu de Washington et de Tokyo, condamnant publiquement et dénonçant le « comportement dangereux et agressif de la République Populaire de Chine dans la mer de Chine méridionale, contraire à l’ordre international fondé sur les règles et compromettant la paix et la prospérité régionales. » De toute évidence, sous l’influence des États-Unis, l’administration Yun Suk Yeol a « déterminé » sa position sur le conflit russo-ukrainien. Comme il ressort de la déclaration commune, Séoul, en tant que membre du trio, s’est engagé à continuer à fournir une assistance à l’Ukraine, à imposer des sanctions coordonnées et sévères contre la Russie et à diminuer la dépendance de l’énergie russe.

Ainsi, on peut constater la formation finale dans la région d’un autre bloc militaire et politique centré sur les États-Unis, axé sur la mise en œuvre du cours anti-chinois dicté par Washington.

Cet événement n’est pas passé inaperçu en Chine, qui, dans un communiqué du ministère national des Affaires étrangères, a indiqué qu’aucun pays ne devrait rechercher sa propre sécurité aux dépens des intérêts de sécurité des autres pays, ainsi qu’au détriment de la paix et de la sécurité régionales.

Et seuls les « dix », dont le bien-être repose sur le calme et la prévisibilité de la situation dans la région Asie-Pacifique, n’ont pas commenté cette nouvelle. La tenue du 11 au 21 août dernier des manœuvres des forces armées aériennes et de la marine des États-Unis, de l’Australie, du Japon et de l’Inde dans les eaux australiennes près de Sydney (pour la première fois depuis la formation d’un autre bloc pro-américain nommé le «Dialogue quadripartite de sécurité » (QUAD)) a disparu de la vue de l’Association, aussi bien que des exercices multiformes importants américano-sud-coréens au large des côtes de la péninsule coréenne lancés le 21 août de cette année. Apparemment, il ne faut pas compter sur le fait que l’ASEAN réagira aux manœuvres trilatérales en cours impliquant la marine des États-Unis, de l’Australie et du membre de l’Association Philippines dans les zones contestées par plusieurs États dont la Chine, la zone de la mer de Chine Méridionale.

Est-ce que personne au sein de l’ASEAN ne comprend toujours que les préparatifs militaires mentionnés ci-dessus et bien d’autres, menés sous les auspices des États-Unis et d’autres pays occidentaux, conduisent la région à une catastrophe, à la suite de laquelle l’avenir de l’Association, ainsi que, éventuellement, de ses différents États-membres, semble extrêmement défavorable.

Début septembre, l’Indonésie accueillera le Sommet des chefs d’État de l’ASEAN, qui sera précédé d’une série d’événements préparatoires aux niveaux ministériel et de haut niveau. On ne veut pas croire que cette fois, comme cela s’est produit lors de la semaine ministérielle de l’ASEAN en juillet de cette année, les actions systématiques évidentes de l’Occident, poussant la situation dans la région Asie-Pacifique vers une confrontation incontrôlée avec la perspective d’une escalade vers une conflit brûlant, seront laissées sans attention et réaction appropriée des leaders des États du G10. N’est-il pas le temps pour l’Association de tenir compte des signaux raisonnables de la RPC et d’autres puissances responsables selon lesquels les pays de la région devraient rester très vigilants à l’égard de l’Occident, ne pas permettre à d’autres pays de résoudre leurs problèmes par procuration afin d’éviter de nuire aux propres intérêts des États d’Asie du Sud-Est.

 

Fernando Gaillardo, commentateur politique, spécialement pour le magazine en ligne « New Eastern Outlook ».

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