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Actions nucléaires toxiques du Japon

Pranay Kumar Shome, 13 février 2026

Le mépris des préoccupations environnementales témoigne du manque de respect du Japon pour la nature et de la mentalité anthropocentrique de l’État japonais.

Manifestation au Japon contre le déversement d'eau

Dans un développement significatif, la compagnie nucléaire publique japonaise, Tokyo Electric Power Company (TEPCO), a annoncé sa décision de rejeter en mer, en 2026, les eaux toxiques et contaminées par la radioactivité de sa centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Il ne s’agit pas d’un incident isolé. Tokyo a commencé à rejeter des eaux radioactives de sa centrale de Daiichi dès 2023.

À ce jour, on compte 17 rejets de ce type, pour un volume cumulé estimé à 130 000 tonnes.

Cet incident alarmant met en lumière le mépris total de Tokyo pour les normes internationales de sûreté nucléaire en matière de rejets, ainsi que son dédain pour le cadre juridique international régissant le nucléaire civil.

L’écosystème marin des zones côtières touchées sera non seulement affecté négativement pendant des décennies, mais pourrait également connaître une augmentation des maladies non transmissibles touchant les populations locales qui consomment ces produits de la mer contaminés

Impact sur l’environnement

Malgré sa popularité croissante, l’énergie nucléaire demeure une arme à double tranchant. Elle devient une source de pollution radioactive, impliquant le rejet de protons (particules alpha), d’électrons (particules bêta) et de rayons gamma (ondes radioactives de courte longueur d’onde). Cependant, le principal sujet de préoccupation est le rejet de tritium d’origine anthropique, un isotope de l’hydrogène généralement utilisé dans la fabrication d’armes thermonucléaires. La présence de rayonnements atomiques dans ces eaux contaminées peut entraîner la mort de nombreux organismes.

Pour le milieu marin des eaux japonaises, la situation est d’autant plus alarmante. Le rejet de ces eaux toxiques engendre de multiples externalités négatives. Premièrement, la radioactivité de l’eau peut provoquer une bioaccumulation et une bioamplification. La première se produit lorsqu’un organisme marin ingère une substance radioactive plus rapidement qu’il ne peut l’éliminer. La bioaccumulation conduit à la bioamplification, c’est-à-dire à l’augmentation du niveau de toxicité d’un organisme à chaque niveau trophique successif. Par exemple, les organismes microscopiques marins tels que le phytoplancton et le zooplancton, lorsqu’ils sont ingérés par de petits poissons, absorbent des organismes radioactifs. Ce cycle de consommation se poursuit, aboutissant à ce que les organismes situés au sommet de la chaîne alimentaire marine présentent les niveaux de toxicité nucléaire les plus élevés.

Les rayonnements ionisants, qui impliquent des particules radioactives à fort pouvoir de pénétration, peuvent altérer la composition anatomique d’un organisme de multiples façons.

Premièrement, ils peuvent provoquer des mutations dans l’ADN des organismes marins, entraînant le développement d’anomalies chez les larves et les juvéniles, beaucoup plus sensibles à ces changements que les adultes.

Deuxièmement, ils peuvent être à l’origine de réactions d’oxydation chez les espèces, endommageant leurs tissus et affaiblissant leur système immunitaire.

Troisièmement, l’énergie de ces organismes marins, qui serait normalement consacrée à leur croissance, est détournée vers la réparation des tissus endommagés et l’adaptation aux changements environnementaux. Ce phénomène est appelé coût métabolique d’auto-entretien (CMAE). Les effets peuvent varier selon les espèces. Les radionucléides, comme le plutonium ou le thorium, peuvent se fixer aux organismes benthiques tels que les crabes, les vers et les mollusques, qui risquent d’être davantage exposés que d’autres organismes. Les espèces plus mobiles peuvent être affectées par des rejets massifs, entraînant une exposition aiguë. Comme mentionné précédemment, cela conduit à la bioaccumulation et à la bioamplification chez les organismes marins.

Le rejet de ces eaux radioactives peut s’avérer particulièrement mortel pour les communautés côtières proches de la centrale nucléaire. L’écosystème marin des zones côtières touchées sera non seulement affecté négativement pendant des décennies, mais pourrait également connaître une augmentation des maladies non transmissibles touchant les populations locales qui consomment ces produits de la mer contaminés. Ceci pourrait engendrer une catastrophe comparable à la maladie de Minamata.

Ce qui est d’autant plus préoccupant, c’est que, compte tenu du déclin démographique que connaît le Japon ces dernières années, les risques sanitaires pour les populations âgées des zones côtières proches de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi augmentent considérablement. Non seulement des vies précieuses sont en danger, mais les dépenses de santé du gouvernement japonais s’en trouvent alourdies, constituant ainsi un véritable revers pour l’État.

Cet incident risque donc de créer un dangereux précédent pour les autres acteurs de l’ordre nucléaire civil international, les incitant à bafouer impunément les normes de sécurité mondiales. Il est donc grand temps que le gouvernement japonais corrige sa position et revienne sur ses politiques erronées.

 

Pranay Kumar Shome, analyste de recherche et doctorant à l’Université centrale Mahatma Gandhi, Bihar, Inde

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