Un arrêt historique de la Cour Internationale de Justice a souligné la nécessité de renégocier les termes et conditions de la lutte mondiale contre le changement climatique.

Malgré son caractère consultatif, cet arrêt marque un tournant historique : une justification pour les pays du Sud, qui ont subi de plein fouet le modèle de croissance mal conçu des pays occidentaux. Il met également en évidence comment des questions comme le changement climatique, considérées par les pays du Nord comme relevant du discours de la « basse politique », peuvent rapidement revenir les hanter.
Cette question mérite donc d’être mieux comprise.
Modèle de croissance occidental
Le modèle de croissance suivi par l’Occident au cours des deux derniers siècles s’appuyait sur les idéaux des Lumières (XVIIe-XVIIIe siècles). Le siècle des Lumières fut une époque de changements sociaux, culturels, économiques et politiques dans la région euro-atlantique, qui eut de profondes répercussions sur l’humanité tout entière. Cette période fut marquée par un déclin brutal de l’influence de la religion et des institutions religieuses dans tous les aspects de la vie des sociétés européennes.
Cette période privilégia les idées de raison, d’empirisme, de rationalisme et la célébration de l’Homo sapiens en tant qu’espèce. C’est dans ce contexte qu’émergea l’idée d’anthropomorphisme. Selon cette idée, l’être humain est au centre de l’univers et tout existe pour satisfaire ses besoins. Elle cherche également à interpréter les choses et les événements non humains sous un angle humaniste.
C’est à ce moment-là que le contrat social fondamental entre la nature et les humains subit une profonde transformation. La nature n’était plus respectée ; elle était considérée comme un moyen de parvenir à une fin, le développement et le progrès de l’humanité. La nature était alors perçue sous l’angle économique : elle serait une marchandise destinée à servir les intérêts humains. La révolution industrielle, qui a débuté au XVIIIe siècle et s’est propagée au fil des ans dans diverses régions d’Europe et d’Amérique du Nord, en est la manifestation la plus flagrante.
Conséquence : tandis que l’humanité progressait et que la civilisation s’étendait, la nature, si fragile, commençait à se défaire. La Terre commençait lentement à se réchauffer et, plus de 150 ans plus tard, nous sommes confrontés à des inondations, des incendies de forêt, des tsunamis et des tempêtes tropicales qui ravagent le monde entier avec une fréquence de plus en plus alarmante.
Le niveau des mers monte à un rythme alarmant à travers le monde en raison de la fonte des glaciers et des neiges des montagnes, conséquence de la hausse progressive des températures.
Pour l’Occident, l’important était le développement économique, et pour cela, il fallait apprivoiser la nature à tout prix, afin de répondre aux besoins de l’humanité.
Le Big Brother est le grand problème
Dans ce contexte, le terme « Big Brother » désigne les États-Unis, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre. Alors qu’ils ont bénéficié considérablement de la combustion des énergies fossiles pour alimenter leur développement économique au cours des 150 dernières années, ils ont, pour l’essentiel, renoncé à la lutte contre le changement climatique.
L’administration capricieuse du président Donald Trump l’a clairement démontré. Non seulement il a bouleversé les initiatives et programmes de son prédécesseur en matière de changement climatique, mais il a également relancé la production d’énergies fossiles, comme le forage de pétrole et de gaz naturel, à une vitesse alarmante, avec le slogan odieux « Forez, bébé, forez ».
Sous Trump, les États-Unis se sont retirés de l’Accord de Paris sur le climat, paralysant ainsi le processus mondial de financement de la lutte contre le changement climatique et trahissant le consensus mondial sur la lutte contre un problème qui touche l’humanité tout entière. De plus, il a activement choisi de saper d’importants traités environnementaux, comme la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), en accordant des permis d’exploitation minière en eaux profondes, tant dans les eaux nationales qu’internationales. En reniant son engagement dans la lutte contre le changement climatique, l’Amérique a une fois de plus démontré que son attitude de « Big Brother » ne vise qu’à favoriser ses propres intérêts plutôt qu’à œuvrer pour le bien de l’humanité.
Les pays du Sud réclament justice
Dans son avis consultatif, la CIJ a souligné que les principes clés de l’atténuation du changement climatique, tels que la Responsabilité commune mais différenciée et les Capacités respectives (RCCD-RC), restent d’actualité. Cela signifie que les pays développés assument une plus grande responsabilité dans l’atténuation de l’impact du changement climatique, tandis que d’autres peuvent contribuer en fonction de leurs capacités économiques et de leurs impératifs de développement. Dans ce contexte, il apparaît clairement que les pays du Sud exigeront désormais justice ; cette justice se manifestera sous de multiples formes.
Dans un tel contexte, l’Inde est bien placée pour mener cette initiative. Étant l’un des pays dont l’intensité d’émissions par habitant est l’une des plus faibles au monde, l’Inde affiche un bilan impressionnant en matière d’équilibre entre les priorités de développement et la préservation de la nature. L’Inde a atteint, cinq ans avant l’objectif fixé, la production de 50 % de son électricité installée à partir de sources non fossiles. Ses réserves combinées d’énergies renouvelables sont parmi les plus importantes au monde.
L’Inde est donc bien placée pour exiger des compensations pour les années de politiques occidentales contraires au climat. Elle devrait notamment exiger un financement obligatoire de 100 milliards de dollars pour atténuer le changement climatique et exiger un transfert de technologie du Nord vers le Sud afin de renforcer la résilience de ces derniers dans la lutte contre le changement climatique.
Cela constitue le fondement même pour les pays du Sud de l’Union et de leur permettre de lancer la création du Nouvel Ordre Économique International (NOEI).
Le Sud mérite mieux : équité, justice et résultats concrets. L’arrêt de la CIJ est une première étape. L’Inde doit donc leur montrer la voie à suivre pour atteindre l’objectif de « Vasudhaiva Kutumbakam », ou le monde est une seule famille.
Pranay Kumar Shome, analyste de recherche et doctorant à l’Université centrale Mahatma Gandhi, Bihar, Inde
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